Quel est l’objet de l’étude que vous avez réalisée pour l’INU Champollion ?
Le point de départ de ce travail est une interrogation sur le taux de réussite dans les universités, publié annuellement par le ministère de l’Enseignement supérieur. Cette statistique place depuis plusieurs années Champollion dans le top 10 des universités pour l’obtention du diplôme de licence. Elle signifie que, compte tenu des profils de ses étudiants, l’établissement apporte une valeur ajoutée significative par rapport aux taux de réussite au niveau national. Mon enquête a cherché à comprendre les raisons de ce bon résultat en identifiant des facteurs de réussite.
Comment avez-vous procédé ?
J’ai d’abord travaillé sur l’ensemble des licences générales de Champollion, 16 au total à Albi et Rodez. J’ai réalisé des entretiens avec les responsables de licence et les personnels pour appréhender l’organisation des formations, les profils des publics étudiants, les différents dispositifs d’accompagnement proposés. Une autre série d’entretiens a porté sur le ressenti des étudiants eux-mêmes. Cette phase exploratoire m’a permis de formuler trois hypothèses explicatives de la réussite. La première est l’existence de liens de proximité entre étudiants et enseignants, favorisés notamment par des effectifs réduits dans la majorité des formations. La seconde est la cohésion de l’action pédagogique entre les enseignants, avec de petites équipes qui travaillent ensemble à la définition de maquettes pédagogiques cohérentes et claires pour les étudiants. La troisième est la forte implication des personnels enseignants et administratifs dans l’accompagnement des étudiants. Dans un second temps, j’ai testé ces hypothèses, en comparant Champollion avec une université de taille similaire mais avec une plus faible valeur ajoutée, et un établissement plus grand présentant de bons taux de réussite. Nous avons donc interrogé des étudiants de L1, des responsables de licence et des secrétaires de formation des mêmes licences dans les trois établissements, avec une licence de sciences humaines et sociales, une autre de sciences, et une dernière dans le domaine droit, économie et gestion.
Quels sont les principaux enseignements de ces entretiens ?
Il ressort de ces questionnaires que la taille de l’établissement favorise effectivement la connaissance et les échanges personnalisés entre les étudiants et les enseignants. Dans le cas de Champollion, on constate une grande implication des personnels auprès des étudiants et dans les relations entre services, qui crée un véritable effet de site. Cela accrédite l’hypothèse de l’engagement de l’ensemble des acteurs autour de l’accompagnement des étudiants. Un résultat marquant est l’adhésion de l’ensemble de la cohorte, étudiants, enseignants et personnels, à l’idée que Champollion offre des conditions favorables à la réussite. Il y a donc une confiance dans l’institution qui en elle-même peut favoriser l’engagement et la réussite. D’ailleurs, l’étude montre aussi que les étudiants de Champollion sont plus engagés dans leurs études que ceux des deux autres établissements. On le note dans l’assiduité aux cours, mais aussi dans l’effort qu’ils déclarent fournir par rapport à la terminale. C’est important car le passage du secondaire à l’enseignement supérieur est vécu comme une épreuve difficile pour de nombreux étudiants qui découvrent l’autonomie dans le travail, mais aussi dans la vie pour ceux qui sont partis de chez leurs parents. Il y a là un enjeu, et on peut penser que de petits établissements, Champollion en particulier, les accompagnent mieux dans cette transition.
Ces résultats objectivent donc les données brutes du taux de réussite ?
Certains facteurs que je viens de citer sont en effet confirmés. Il y a également des questions sur lesquelles on ne constate pas d’écarts qui marqueraient une spécificité de Champollion. C’est le cas par exemple de l’évocation des difficultés de compréhension des étudiants dans les travaux dirigés, qui est relativement la même dans les trois établissements étudiés. Il y a aussi des points de fragilité, comme des services qui sont moins sollicités par les étudiants de Champollion, peut-être pour des raisons d’organisation. Une chose notable en tout cas est la satisfaction des étudiants sur leur formation.
Comment ce travail pourrait-il être prolongé ?
L’étude s’est concentrée sur les L1. Une piste pourrait être d’élargir le périmètre, notamment en interrogeant des étudiants des années suivantes. On pourrait aussi creuser davantage les points de fragilité pour voir comment faire perdurer le taux de réussite et même l’améliorer. Enfin, nous avons beaucoup axé notre travail sur les liens étudiants-enseignants-personnels, un prolongement pourrait être de s’intéresser aux liens entre les étudiants et à la vie associative. Même si on ne peut pas le démontrer aujourd’hui, la vie de campus et le cadre d’étude ont sans doute un effet positif, qui reste à étudier.